Psychogénéalogie : comprendre les liens entre histoire familiale et vécu personnel
Qu’est-ce que la psychogénéalogie ?
La psychogénéalogie est une approche qui s’intéresse à la manière dont l’histoire familiale peut influencer notre construction personnelle, nos représentations, nos relations et certains schémas de vie.
Elle propose d’explorer son arbre généalogique afin de mieux connaître les événements marquants vécus par les générations précédentes : deuils, séparations, migrations, conflits, secrets, ruptures, traumatismes, changements sociaux ou événements particulièrement difficiles.
L’objectif n’est pas de rechercher une cause familiale à chaque difficulté, mais de mettre en lumière son histoire, d’identifier d’éventuelles répétitions et de prendre conscience des héritages familiaux qui peuvent influencer notre manière de vivre le présent.
« Tout enfant est obligé de supporter le climat dans lequel il grandit, mais aussi les effets pathogènes qui restent en séquelles, du passé pathologique de sa mère et de son père. »
Françoise Dolto
L’héritage transgénérationnel
Nous héritons de notre famille bien plus que d’un nom ou d’un patrimoine.
Nous recevons également une histoire, une culture, des valeurs, des croyances, des habitudes relationnelles et parfois des façons de faire face aux difficultés.
Certaines situations peuvent ainsi se répéter d’une génération à l’autre :
- choix professionnels ;
- modèles éducatifs ;
- place occupée dans la famille ;
- nombre d’enfants ;
- séparations ou ruptures ;
- migrations et déracinements ;
- conflits familiaux ;
- événements traumatiques ;
- deuils ou pertes importantes.
Ces répétitions peuvent être réelles et observables, sans qu’il soit nécessaire de supposer une transmission mystérieuse ou automatique.
La psychogénéalogie invite à observer ces histoires et à se demander :
Qu’est-ce qui m’appartient réellement ?
Et qu’est-ce que j’ai appris de ma famille ?
Qu’est-ce que je souhaite conserver ?
Et qu’est-ce que je souhaite aujourd’hui transformer ?
Étudier son arbre généalogique
Le travail commence généralement par la construction d’un génogramme, c’est-à-dire une représentation de plusieurs générations de la famille.
On peut y inscrire :
- les dates de naissance et de décès ;
- les mariages et séparations ;
- les métiers ;
- les lieux de vie ;
- les migrations et déracinements ;
- les événements historiques importants ;
- les maladies ou événements de santé connus ;
- les décès prématurés ;
- les accidents ;
- les ruptures familiales ;
- les adoptions ou placements ;
- les changements importants de situation.
Lorsque cela est possible, recueillir les témoignages des générations précédentes permet également de mieux comprendre le contexte familial.
Les archives, les documents officiels et les témoignages sont précieux, car ils permettent de distinguer ce qui est documenté de ce qui relève du récit familial ou de l’interprétation.
Observer les répétitions
Une fois l’arbre constitué, certaines correspondances peuvent apparaître.
Il peut s’agir de répétitions de prénoms, de métiers, de configurations familiales, de ruptures ou de certains événements.
On peut également observer des coïncidences de dates ou d’âges, parfois appelées « syndrome d’anniversaire » dans certains courants de la psychogénéalogie.
Ces correspondances peuvent constituer des pistes de réflexion.
Elles ne permettent cependant pas, à elles seules, d’établir un lien de causalité.
L’être humain recherche naturellement des régularités et des significations dans son histoire. Il est donc important de garder une distance critique et de ne pas interpréter chaque coïncidence comme la preuve d’une transmission transgénérationnelle.
Les loyautés familiales
Le psychiatre et thérapeute familial Ivan Boszormenyi-Nagy a développé le concept de loyautés familiales invisibles.
Dans cette perspective, certaines personnes peuvent ressentir, consciemment ou non, une obligation de rester fidèles aux valeurs, aux attentes ou aux sacrifices de leur famille.
Par exemple :
- reprendre la profession familiale ;
- rester dans une configuration familiale particulière ;
- reproduire certains modèles éducatifs ;
- se sentir responsable du bien-être d’un parent ;
- avoir des difficultés à s’autoriser à vivre différemment de ses proches.
Prendre conscience de ces mécanismes peut permettre de différencier ce qui relève de notre propre désir et ce qui correspond à une attente familiale intériorisée.
La « patate chaude »
Boszormenyi-Nagy utilise notamment la métaphore de la « patate chaude » : certaines blessures, injustices ou conflits non résolus peuvent être transmis dans les relations familiales lorsqu’ils ne peuvent être élaborés ou exprimés.
Il ne s’agit pas d’une transmission littérale d’un traumatisme, mais plutôt de la manière dont une histoire peut continuer à influencer les relations et les comportements des générations suivantes.
Le secret de famille
Un secret familial peut avoir des conséquences importantes sur les relations lorsqu’il crée du silence, de la confusion ou des incompréhensions.
Un enfant peut percevoir qu’un événement est entouré de malaise sans en connaître la raison.
Il peut alors chercher à donner du sens à ce qu’il ressent à travers les comportements, les non-dits ou les réactions de son entourage.
La psychogénéalogie propose d’explorer ces zones d’ombre avec prudence.
Découvrir un secret ne signifie pas nécessairement découvrir la cause d’un symptôme ou d’une difficulté.
Le travail consiste davantage à remettre l’histoire dans son contexte et à permettre à chacun de trouver sa propre place dans cette histoire.
Les deuils et les traumatismes familiaux
Les décès, séparations, guerres, exils, violences ou bouleversements sociaux peuvent profondément marquer une famille.
Leurs conséquences peuvent parfois se retrouver dans les générations suivantes à travers les récits familiaux, les comportements, les croyances, les modes relationnels ou les émotions transmises au sein de l’environnement familial.
La psychologie et les sciences contemporaines étudient notamment différentes formes de transmission intergénérationnelle des expériences et des comportements.
Il est néanmoins important de distinguer cette réalité de l’idée selon laquelle un événement traumatique serait automatiquement transmis biologiquement à plusieurs générations.
Et le corps dans tout cela ?
Le corps peut exprimer ce que nous avons parfois du mal à mettre en mots.
Stress, émotions, traumatismes et expériences de vie peuvent influencer notre perception corporelle et certains symptômes.
La psychogénéalogie peut donc inviter à observer :
- les sensations corporelles ;
- les réactions émotionnelles ;
- certains comportements répétitifs ;
- les situations qui déclenchent une réaction disproportionnée ;
- les difficultés relationnelles ;
- les événements qui semblent particulièrement résonner avec notre histoire familiale.
Cette observation ne signifie cependant pas qu’une maladie aurait nécessairement une origine psychologique ou familiale.
Un symptôme physique doit toujours être pris en compte sur le plan médical lorsque cela est nécessaire.
Se différencier pour devenir soi-même
L’objectif d’un travail autour de l’histoire familiale n’est pas de chercher des coupables parmi nos ancêtres.
Il s’agit plutôt de comprendre d’où nous venons afin de mieux choisir où nous souhaitons aller.
Connaître son histoire peut permettre de reconnaître certaines loyautés, croyances ou habitudes héritées, puis de décider consciemment de ce que nous souhaitons conserver ou transformer.
Comprendre son histoire ne signifie pas être condamné à la reproduire.
Nous sommes à la fois les héritiers d’une histoire et les acteurs de notre propre vie.
Psychogénéalogie : une démarche de connaissance de soi
La psychogénéalogie peut être envisagée comme un outil d’exploration personnelle, permettant de questionner son histoire familiale et les représentations qui se sont construites au fil des générations.
Elle peut être particulièrement intéressante lorsqu’une personne souhaite :
- mieux comprendre son histoire familiale ;
- explorer certaines répétitions ;
- donner du sens à certains événements de vie ;
- identifier des croyances familiales ;
- travailler sur certaines loyautés ;
- mieux différencier son propre parcours de celui de ses ancêtres.
Cette démarche ne remplace pas une psychothérapie ou une prise en charge médicale lorsqu’elles sont nécessaires. Elle peut toutefois venir en complément d’un accompagnement personnel, dans une approche globale de la personne.
Pour aller plus loin
Parmi les auteurs fréquemment associés à ces réflexions, on peut citer :
- Anne Ancelin-Schützenberger, notamment avec Aïe, mes aïeux ! ;
- Ivan Boszormenyi-Nagy, pour les notions de loyautés familiales et de justice relationnelle ;
- Jean-Philippe Brébion, avec L’Empreinte de naissance ;
- Carl Gustav Jung, pour ses travaux sur l’inconscient collectif.
Une invitation à explorer son histoire
« Ce qui est conscient peut être choisi. »
Explorer son histoire familiale, c’est parfois découvrir des blessures, mais aussi des ressources, des forces, des valeurs et des capacités de résilience transmises par les générations précédentes.
Il ne s’agit pas d’effacer son histoire.
Il s’agit de pouvoir la regarder autrement, afin que son histoire familiale devienne une partie de soi, et non une destinée à subir.
Dans le cadre de mes accompagnements, cette réflexion peut être mise en lien avec une approche globale associant Ostéopathie Holistique, Netallergies®, Nutrithérapie et naturopathie.
Pour plus d’informations concernant la psychogénéalogie et l’accompagnement proposé, n’hésitez pas à me contacter.
Nathalie DERRIEN